Le grand rêve rouge
un nouveau monde pour se poser (ou s’écraser dignement)
Tout commença un mardi. Gene Kerman, devant sa tasse de café (et son troisième beignet), regardait Duna sur l’écran du centre de contrôle. Une boule rouge, lointaine, prometteuse… et terriblement tentante. “Et si on y allait ?” lança-t-il avec l’enthousiasme d’un Kerbal qui n’a pas encore consulté le budget. Le silence dura une seconde, puis la salle explosa d’applaudissements et de cris enthousiastes. Enfin, jusqu’à ce que quelqu’un demande comment ramener tout le monde vivant.
Ainsi naquit le Programme Ares, le projet le plus ambitieux à ce jour — et potentiellement le plus explosif — du KSC depuis qu’ils avaient tenté d’atterrir une station entière sur Minmus “pour voir ce que ça ferait”.
L’objectif : coloniser et exploiter Duna, la planète rouge du système Kerbol, connue pour son atmosphère capricieuse, sa gravité traîtresse et ses tempêtes de poussière dignes d’un lave-vaisselle en colère. Mais pour les ingénieurs kerbals, c’était la promesse d’un rêve : construire une base autonome, un port spatial interplanétaire, et surtout prouver qu’ils pouvaient aller plus loin que jamais sans (trop) se désintégrer.
Le projet Ares ne se limita pas à une simple mission d’exploration : c’était une entreprise colossale de colonisation planétaire. L’idée était de créer une présence permanente sur Duna, avec des infrastructures permettant la production locale de carburant, de matériaux, et peut-être même de cookies (si la recherche en agrospatial aboutissait). Les scientifiques rêvaient d’étudier l’atmosphère ténue, les ingénieurs de forer le sol, et les pilotes… de trouver un moyen de freiner avant d’atteindre la surface.
Le plan prévoyait d’abord l’envoi de satellites relais et d’observation, afin de cartographier chaque cratère, dune et caillou susceptible d’écraser une sonde. Ensuite, une station orbitale serait mise en place : le “Ares Myway”, un hub géant servant à coordonner les missions de surface et les transferts de ressources entre Kerbin et Duna. Enfin, plusieurs modules automatisés — habitats, réservoirs de carburant, générateurs, et forages — seraient envoyés à l’avance pour préparer l’arrivée de l’équipage principal.
Zeb Kerman, bien sûr, s’était déjà porté volontaire avant même qu’on lui demande :
“Une planète rouge, des rovers, et des explosions possibles ? C’est littéralement sur ma liste de Noël !”
Malgré l’enthousiasme général, le comité de planification savait que ce projet allait repousser toutes les limites. Ares serait la première tentative de colonisation interplanétaire du KSC, un saut immense dans l’inconnu. Une mission où chaque boulon compterait, où chaque manœuvre serait millimétrée, et où chaque erreur se transformerait probablement en feu d’artifice visible depuis Kerbin.
Mais après tout, comme disait Valentina :
“Si on voulait rester prudents, on aurait choisi une carrière dans la snackerie.”
Duna, dans l’imaginaire kerbal, est un peu comme une version extra-terrestre de Kerbin… sans océan, sans oxygène, et avec deux lunes malveillantes prêtes à ruiner toute trajectoire stable. En théorie, c’est parfait. En pratique, c’est un cauchemar rougeâtre.
Le premier défi fut le transfert interplanétaire. Les ingénieurs vont calculer une trajectoire de Hohmann parfaite, jongler avec les fenêtres de lancement et prier que Zeb ne “teste pas” les moteurs avant la mise à feu officielle. Chaque mission vers Duna nécessitera une précision absolue. Mais bien sûr, le premier test préventif ne se passa pas comme prévu. Le prototype Duna Express quitta Kerbin… puis revint trois jours plus tard en orbite rétrograde, “pour voir si ça marche aussi dans l’autre sens”.
L’autre grand défi sera la l’entrée atmosphérique. L’atmosphère de Duna est traîtresse : trop fine pour freiner efficacement, trop dense pour ignorer complètement. Résultat ? Les ingénieurs du KSC devront développer des boucliers thermiques géants, des parachutes supersoniques et des propulseurs rétroactifs. Tout cela devait être parfaitement synchronisé pour éviter que les atterrisseurs ne deviennent des cratères commémoratifs. Le simulateur de descente de Duna fut d’ailleurs renommé “Le Manège de la Mort”, car il causait un taux de vertiges de 98 % chez les pilotes d’essai.
Et puis, il y aura surement les conditions de surface : des vents violents, une poussière omniprésente, et des températures plus basses que dans le frigo de Kernher von Kerman. Les foreuses gèleront surement, les antennes vont s’encrasser, et les panneaux solaires en feront qu’à leur tête rectangulaire.
Pour pallier ces problèmes, les équipes du KSC devront concevoir le module Base-Ares, un habitat gonflable semi-enterré, équipé d’une coque anti-tempête et de filtres anti-poussière. Le tout reposera sur une structure modulaire permettant d’ajouter des laboratoires, des serres, et même une salle de gym miniature (principalement pour éviter que les kerbonauts ne transforment la base en ring de boxe après six mois d’isolement).
Les ingénieurs vont devoir développer aussi un système de ravitaillement ISRU, capable de transformer le CO₂ de l’atmosphère en carburant utilisable. Cela permit d’envisager des vols retour sans devoir lancer 200 tonnes de fuel depuis Kerbin — ce qui, avouons le, soulagea énormément les comptables.
Mais le plus grand défi restait la communication. À cause du délai de plusieurs minutes entre Duna et Kerbin, les opérations automatisées étaient souvent plus sûres que les commandes en direct. Une fois, un atterrisseur reçut une instruction de “corriger son angle d’approche” après… s’être déjà écrasé. Résultat : les équipes du KSC décidèrent d’envoyer un réseau complet de satellites relais, baptisés RedLink, pour assurer une couverture constante. Ils flottent désormais au-dessus de Duna, émettant en continu des messages tels que :
“Signal stable. Rien n’a explosé. Pour l’instant.”
Aujourd’hui, le programme Ares a quitté le stade du rêve pour devenir une réalité interplanétaire proche. Les premiers modules de la colonie Ares Prime seront assemblés : un noyau de commande, un laboratoire scientifique, un centre de communication et une serre expérimentale (où pousse actuellement la première salade spatiale — à l’odeur douteuse mais au goût acceptable). Trois rovers d’exploration baptisés Dusty, Rusty et Trusty patrouillent (d’où la “Pat Patrouille) la région environnante, cherchant des ressources, de bons emplacements pour les extensions futures… et parfois leurs roues perdues.
Le rôle industriel de Duna deviendra central : extraction de minerais rares, production de carburant méthalox, et fabrication de composants pour les vaisseaux interstellaires du futur. Grâce à la gravité plus faible et à la présence de ressources locales, Duna deviendra un centre logistique entre Kerbin, Dres et Jool. Le plan à long terme est clair : établir une véritable cité spatiale autonome, où les kerbonauts vivraient, travailleraient, et râleraient sur la qualité du café recyclé.
Une station orbitale — Ares Gateway II — sera placée en orbite synchrone pour servir de hub entre les cargos venus de Kerbin et les modules de surface. Un ascenseur orbital est déjà en discussion (et probablement une source infinie d’accidents à venir). Les ingénieurs ont également prévu un spatioport capable d’accueillir les futurs vaisseaux coloniaux “Atlas” et “Daedalus”, “Kalactika” , conçus pour transporter de grandes quantités de fret et, accessoirement, quelques passagers téméraires.
L’avenir de Duna s’annonce radieux — ou du moins, poussiéreusement orangé. L’idée d’y établir un véritable centre de civilisation kerbale n’est plus un rêve, mais une mission à venir. Les scientifiques du KSC rêvent déjà d’observatoires astronomiques alimentés par énergie solaire, de raffineries autonomes, et de bases agricoles capables de nourrir les équipages sur plusieurs générations.
Et quelque part, Bob regarde le ciel rouge en murmurant :
“On a commencé sur une petite colline à Kerbin… et maintenant on rebondit sur une autre à 60 millions de kilomètres. On progresse.”
Le Programme Ares est plus qu’un projet scientifique : c’est une promesse. Celle d’un futur où les Kerbals n’auront plus seulement des stations et des rovers, mais des colonies entières, prêtes à conquérir chaque monde du système Kerbol. Et si jamais ça tourne mal ? Eh bien, comme le dit la devise officieuse du KSC :
“On a toujours un booster de rechange.”
